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à l'étale

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Amarré au bastingage un parfum de limon hante l'âme et sur le pont supérieur une femme assise le regard dans le vide l'ignore le crépuscule file à la surface de l'étale encore un jour parti à la dérive en clapotant  contre la coque  et sur le pont supérieur une femme debout caresse la rive de ses rêves [...  L'air marin et la fraîcheur de l'aube existent sans que personne ait demandé qu'ils soient. G. Séféris, Trois poèmes secrets, I Solstice d'été ]

une nuit à Marrakech

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Il ne fait pas encore nuit noire j'entends pourtant le cri de la hulotte et de je ne sais de quels éclats trouant  l'obscurité jaillit une sensation de vécu nous avions oublié s'il y avait eu querelle réfugiés dans  la douceur du  sommeil un soir de février par-delà la mer nous dominions le corps, les miroirs une solitude à deux et le silence de nos haleines mêlées te rassuraient tu t'accrochais à mes ailes éperdument j’en oubliais même l'idée de voler certains bonheurs ou malheurs s'attachent au reflet des choses  et des êtres disparus ils nous traversent soudain alors leur absence révélée nous anéantit et c'est cette chose même qui nous tient  même dans le délabrement

le temps s'étire...

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le temps s'étire il gagne en douceur vide ses pieux  pointes piquantes du chagrin des pierres bouscule le territoire du vif reviennent la caresse d'un rayon de soleil  entre la nuque et l'épaule le chant d'un passereau caché dans la haie deux ou trois odeurs d'herbe coupée et de baies sauvages le souffle tiède de la brise d'automne le temps prend son temps patient lichen tapi dans l'ombre  il puise dans l'intime certitude de l'abandon manteau végétal  sur mes épaules de pierre au bord du paysage d'immenses champs de bruyère en nappes mauves semées dans la pénombre  des pins la rectitude des troncs et son image agrippée derrière la fenêtr e le temps s'étire éprouve à tâtons la sensation du vide  

passementerie

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J'irai je te le promets du pas lent mais décidé des égarés j'accompagnerai le souvenir lui tiendrai la main réchaufferai dans mon sein le petit oiseau temblant de l'oubli j'irai parce qu'il faut aller en comblant le trou de la tristesse à tordre le fil sur le lit asséché des amours disparus les failles de la vie s'ornent de si  belles douleurs  

fait divers

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Qui était-elle  sujet de cet article en page fait divers elle marchait dans la nuit seule tirant sa cariole sous la pluie magré son grand âge qui était-elle poussée dehors par une urgence et que restera-t-il d'elle sur ce bas-côté de la route la pluie efface les pas la pluie nettoie les âmes arrive le jour où il est écrit  que tu dois partir  avec ou sans bagage je pense à elle cette inconnue pour moi  rencontrée au détour  de quelques lignes je pense à elle devenue dans mes lignes un peu moins anonyme

l'eau du vase

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"Tu ne sauras jamais aimer" avait-elle dit  ses propos sentence résonnent encore le dépit était dans le ton pique à mordre l'affection le crève-coeur s'alimentait des petites contrariétés de la vie  faute de changer l'eau du vase l'amour fleurit et fane sauf la tendresse sauf le regard sauf la mémoire  et j'ai aimé l'eau du vase

les bons comptes

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Le compte n'est jamais aussi rond que l'horloge  des ans voudrait le laisser croire de pas de côté en ombres portées file la laine du mauvais écheveau  Cinq cent soixante neuf mille quatre cent heures disparues dans la transparence des cadrans faudrait pas que décembre croit que je vais lui laisser les aiguilles libres de ressasser leur vilaine comptine À tourner en rond le compte n'est jamais bon

ligne de crête

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debout sur la ligne de crête là où le regard hésite entre les deux faces  du moment et du lieu installée toujours dos au chemin je regarde le monde m'éloigner dans la fuite des feux de croisement des rues sans nom dans l'amoncellement des paysages sans date dans le doute d'être là vraiment la lente et obsédante  disparition du monde se repaît de mes oublis du désarroi de la lumière  coincée entre les deux faces du moment et du lieu en ligne de crête debout en équilibre 

taper sur les doigts

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à S feuilles volantes à la recherche du temps perdu sous la branche nue l'automne mémoire courte  transit le bout des doigts

le vrai du faux

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ton regard fuit et ce ne sont pas les excuses que tu lui donnes qui éviteront de te perdre ta tête penche toujours du même côté dans l'arc du regard qui n'ose heurter curieuse habitude de chercher dans le reflet de ta vie le pouvoir d'être ce que tu voudrais sans oser te l'avouer