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Affichage des articles du 2026

nuits immémorées

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Le lit ne s'ouvre jamais en entier il faut une place au mort  et une place au vivant mais où est le mort et qui est le vivant dans cette nuit chaque ombre se confond avec son bruit chaque bruit s'ouvre et se referme sur lui-même Le matin tout est en place rien n'a bougé le lit ne garde aucune trace  ni du sommeil du vivant ni des insomnies du mort aucun rêve n'a imprimé le tissu des songes il peut se refermer  et attendre lisse et froid la prochaine amnésie

pleines lunes

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J'ai toujours aimé regarder les paysages défiler par la fenêtre trouble d'un train imaginer les vies qui les peuplent le labeur des champs immenses les animaux aux aguets les âmes petites j'aime m'y perdre jusqu'à ce que naisse la douce nostalgie du retour le long de la ligne de fuite des rails et que des reflets hors tain du verre surgisse  soudain le fruit défendu des nuits de pleines lunes   

hirsute

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Le cri d'un chien dans un jardin lointain ne dérange pas la pie sur le toit elle me regarde insiste en balançant la tête ou peut-être est-ce son bec qui me trouble J'ai la sensation qu'une nouvelle de Mariana Enriquez se fraie un passage jusqu'à mon esprit un revenant sous les plumes noires ou peut-être est-ce cet accident hier qui me trouble Quelques pensées hirsutes mal peignées pour cacher la tristesse d'un paysage pas plus triste qu'un autre  embroussaillement passager pour une passagère ibérique 

errance

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C'est un grand bonheur pour l'œil  que de se laisser surprendre  par un paysage,  surtout si  flâneur il y invente un horizon.

à l'étale

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Amarré au bastingage un parfum de limon hante l'âme et sur le pont supérieur une femme assise le regard dans le vide l'ignore le crépuscule file à la surface de l'étale encore un jour parti à la dérive en clapotant  contre la coque  et sur le pont supérieur une femme debout caresse la rive de ses rêves [...  L'air marin et la fraîcheur de l'aube existent sans que personne ait demandé qu'ils soient. G. Séféris, Trois poèmes secrets, I Solstice d'été ]

une nuit à Marrakech

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Il ne fait pas encore nuit noire j'entends pourtant le cri de la hulotte et de je ne sais de quels éclats trouant  l'obscurité jaillit une sensation de vécu nous avions oublié s'il y avait eu querelle réfugiés dans  la douceur du  sommeil un soir de février par-delà la mer nous dominions le corps, les miroirs une solitude à deux et le silence de nos haleines mêlées te rassuraient tu t'accrochais à mes ailes éperdument j’en oubliais même l'idée de voler certains bonheurs ou malheurs s'attachent au reflet des choses  et des êtres disparus ils nous traversent soudain alors leur absence révélée nous anéantit et c'est cette chose même qui nous tient  même dans le délabrement

le temps s'étire...

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le temps s'étire il gagne en douceur vide ses pieux  pointes piquantes du chagrin des pierres bouscule le territoire du vif reviennent la caresse d'un rayon de soleil  entre la nuque et l'épaule le chant d'un passereau caché dans la haie deux ou trois odeurs d'herbe coupée et de baies sauvages le souffle tiède de la brise d'automne le temps prend son temps patient lichen tapi dans l'ombre  il puise dans l'intime certitude de l'abandon manteau végétal  sur mes épaules de pierre au bord du paysage d'immenses champs de bruyère en nappes mauves semées dans la pénombre  des pins la rectitude des troncs et son image agrippée derrière la fenêtr e le temps s'étire éprouve à tâtons la sensation du vide